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La Galerie l’Aiguillage

est situé dans le XIIIe, aux Frigos de Paris, un lieu mythique underground d’ateliers d’artistes et de créateurs en tout genre.

Un lieu conçu et fait par des artistes, pour des artistes.

 

 Préluminaires

On m’appelle monsieur Préluminaires, je ne sais pas pourquoi.

J’éteins toujours pour faire l’amour, je n’allume pas de bougie ni de veilleuse, j’aime bien être dans le noir total, je ne supporterais pas qu’on me regarde en train de faire « ça ». Parce que je m’applique. Et quand je m’applique (à peindre, à écrire, à dessiner), je fais une sale tête, on me l’a dit maintes et maintes fois. Une sale tête qui évoque le sérial killer, m’a t-on dit. Comme si j’avais envie de tuer la personne avec qui je suis en cheville.
Oui, en cheville est le mot car je m’occupe en premier de ses pieds. Je suis un fétichiste du pied, entre autres. Il faut du temps pour embraser un pied. Et il y en a deux. Ensuite, je passe aux creux poplités, les chairs tendres derrière les genoux. Puis je saute aux oreille. Les oreilles, c’est complexes, extrêmement érogène et très inervé. Beaucoup de temps aussi même si je n’en fais qu’une sur les injonctions de la personne qui brûle déjà de finir.
Mais je n’en suis pas là. Il me faut la nuque et les aisselles. Les aisselles ! Un spot de choix. Bon, les classiques seins, tout le monde connaît, le nombril, puis les reins et le haut de la raie. Le haut de la raie est une spécialité régionale mise au point par monsieur Larêt sur sa maîtresse Aude. A ce qu’on dit. Ensuite on en arrive à la banlieue des parties génitales proprement dites, il y a à faire croyez moi. Disons que deux heures sont déjà passées avant que je ne m’attaque au clitoris qui, comme chacun sait, nécessite un soin exceptionnel. Très souvent, lorsque je suis sur le point de m’introduire dans la personne, la personne est profondément endormie. Alors je ressors, me lève, sors de la chambre, allume la télévision et regarde un film de Martin Scorsese ou de Claude Zidi. Ça dépend de mon humeur.

Texte et peinture © dominiquecozette

Inscription : On m'appelle Monsieur Préluminaires

Dominique Cozette, Préluminaires

Dominique Cozette

Née en 1946 à Rouen (Basse-Normandie, France)
Vit et travaille à Ivry sur Seine (Ile-de-France, France)

Enfant du baby boom, Dominique Cozette a été publicitaire.

Davantage que le cynisme, elle en a conservé le sens de la dérision, de l'autodérision plutôt, mais aussi celui de la formule. Celle qui ramasse une vie en quelques fragments où le tragi-comique n'est pas dépourvu de l'idée de grandeur. Cozette réduit sa vie en équation : texte et image claquent comme des slogans. Ses textes sont indissociables d'une représentation qui les sous-tend et les magnifie en même temps : qu'elle soit acide, de sa main ou issues de l'iconothèque de l'histoire de l'art, leur persistance rétinienne est une qualité sine qua non.

Christian Berst, membre du Collège Critique du 59e Salon de Montrouge, 2014

Tag(s) : #Les Frigos

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